
- Iguane terrestre (Conophus subcristatus), Gualapagos.
- Photo : Hervé Graillot - Laurence Denaix.
Sommaire
Editorial
Echos-Actualité :
Inquiétudes pour l’étang de Canet (C. Sastre)
Réserves naturelles : un colloque sur leur avenir
Zones humides : à retrouver sur Fréquence grenouille
Réintroduction : une première reproduction du gypaète dans les Alpes du Sud
Espèces invasives : un espoir contre la vigne maronne à La Réunion
Changement climatique : le message de La Réunion
Nouvelle-Calédonie : un accord pour Goro Nickel
- Cohabitation : le chat et le jardin (J.-F. Noblet).
Vie de la SNPN :
Assemblée générale 2008, 3ème partie
Camargue : sous la neige
Sur les traces de Darwin : le parc national des Galápagos par François Ramade
Le nouveau problème de l’impact de l’ozone sur les milieux naturels par Jean-Pierre Garrec & Claude Rémy
La nature sous l’oeil de... la Société de photographie d’histoire naturelle
Agenda
Les rendez-vous nature de la SNPN
Bibliographie
Petites annonces - Lexique
Editorial
2009, année Darwin
La Communauté scientifique internationale a décidé de faire de 2009 « l’Année Darwin » afin de commémorer simultanément le bicentenaire de sa naissance et le 150e anniversaire de son oeuvre princeps « On the Origin of Species by the Means of Natural Selection or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life ». Cet ouvrage, fondateur d’une nouvelle discipline, la biologie évolutive, apporta une contribution révolutionnaire à la compréhension des mécanismes de la spéciation et a permis de donner une explication rationnelle à la genèse de la diversité du vivant, dont rend compte la théorie néodarwinienne moderne de l’évolution. Universellement reconnue de nos jours par les scientifiques spécialistes de la biologie évolutive, la pertinence des idées de Charles Darwin, qui furent précédées, faut-il le rappeler, par celles de précurseurs tels Charles Lyell, Jean-Baptiste Lamarck, William Wells, et furent aussi pro parte émises par son contemporain Alfred Wallace, fut loin d’être admise en son temps alors que le concept même d’évolution était encore discuté. Ainsi, à la réception de l’exemplaire d’auteur qui lui avait été envoyé, un de ses maîtres à l’université de Cambridge, le célèbre géologue Sedgwick (1), lui écrivit ceci : « j’ai toujours admiré l’acuité de votre esprit et l’originalité de vos idées… mais à vrai dire je suis consterné par la teneur de votre dernier ouvrage qui m’a parue tellement grotesque que j’en ai ri au point d’en avoir mal aux côtes pendant trois jours… » ! A l’opposé, Darwin trouva fort heureusement quelques ardents défenseurs de sa théorie dans la communauté scientifique européenne, en particulier l’Allemand Ernst Haeckel, le fondateur en 1866 du terme même d’écologie, qui se fi t un infatigable protagoniste de sa théorie de l’évolution.
Ce que dit Darwin est aujourd’hui évident pour les biologistes : les organismes vivants sont en perpétuelle évolution, grâce notamment au phénomène de sélection naturelle par lequel les individus d’une même espèce les plus adaptés à leur milieu présentent un succès reproducteur supérieur à celui des autres individus d’une même population. En corollaire, toutes les espèces vivantes (homme inclus) descendent d’un ou de plusieurs ancêtres communs. De telles affirmations parurent blasphématoires en 1859, en des temps où prévalait encore la vision traditionnelle propre aux grandes religions monothéistes – chrétienne entre autres - selon laquelle tous les types d’êtres vivants qui peuplent notre planète sont des créations divines, immuables dans le temps et indépendantes les unes des autres. Il est certes consternant de constater que de nos jours, des idées créationnistes relevant d’un obscurantisme médiéval (2) reviennent au devant de la scène, parfois au travers d’un habillage prétendument moderniste comme celui de « l’intelligent design » (3).
On oublie parfois qu’au-delà de son intérêt pour la biologie fondamentale l’œuvre de Darwin, au travers de l’explication des mécanismes qui sont à l’origine de la biodiversité, présente une importance capitale en écologie appliquée pour la mise en œuvre de la préservation des peuplements et des espèces menacés. Bien que la rédaction de son ouvrage sur l’origine des espèces se fondât sur les innombrables observations qu’il fit tout au long de ses travaux, la circumnavigation du globe qu’il réalisa entre 1831 et 1836 en tant que naturaliste explorateur à bord du « HMS Beagle », sous le commandement de Robert Fitz Roy, joua un rôle majeur et les deux mois qu’il passa aux Galápagos en septembre-octobre 1835 furent déterminants dans la genèse de sa théorie.
A l’occasion de cette année commémorative Darwin, Le Courrier de la Nature publiera une série d’articles, dont le premier, plus détaillé qu’usuellement, concerne en conséquence le parc national des Galápagos (4).
François Ramade (5)
1- Célèbre géologue, Sedgwick fut celui qui décrivit pour la première fois, entre autres travaux réputés, la stratigraphie du Primaire. Il lui revient d’avoir créé les termes de Cambrien, Ordovicien, Silurien, etc. qui désignent les époques successives de cette ère.
2- « Résistances religieuses : une alliance entre Musulmans et Chrétiens fondamentalistes pour rejeter Darwin » (Le Monde, 7 février 2009, p. 22).
3- Faut-il rappeler que des présidents américains dont G. Bush voulaient introduire aux Etats-Unis dans le secondaire l’enseignement du créationnisme, présenté comme un concept alternatif et tout aussi acceptable que le néodarwinisme… Ainsi, la formation de la Terre, selon les tenants d’une idéologie aussi arriérée, remonterait… à 6000 ans. Idée d’autant plus délirante qu’aux Etats-Unis même, plusieurs savants se fondant chacun sur une méthodologie différente ont montré que notre planète s’était condensée voici plus de 4,5 milliards d’années. Ces idées aberrantes dépassent certes le cadre de la religion chrétienne… N’a-t-on pas vu en date encore récente un islamiste turc faire don à l’éducation nationale de 200 000 exemplaires de son ouvrage créationniste destiné à être diffusé dans les écoles ?
4- Voir ce numéro, page 18 et suivantes.
5- Professeur Emérite d’Ecologie et de Zoologie à l’Université de Paris Sud (Orsay), Président d’Honneur de la SNPN.