
- Pêcheur et son campement dans les marais à papyrus de Zambie.
- Photo : Geneviève Renson.
Sommaire
Editorial
Courrier des lecteurs
Echos-Actualité :
Colloque international Natureparif : continuités écologiques (A.-S. Salmon)
Pas de croisière blanche dans les Alpes
Le Mercantour a évité les pelleteuses
La Loire soutenue par le Parlement européen
Une des plus belles rivières corses menacée
Pétition pour une réserve naturelle dans le Val-d’Oise
Nouvelle espèce microendémique : le sorbier de Reims
Congrès pour un réseau d’aires protégées
Changements climatiques : les manchots empereurs menacés
Massacre de globicéphales aux îles Féroé
Groenland : suite des expéditions scientifiques ECOPOLARIS (C. Ruffier-Reynie).
Vie de la SNPN :
Hommage à Yves Gutman-Lajeunesse
Camargue
Grand-Lieu
Protection et statut des espèces animales sauvages
Sur les traces de Darwin : 2e partie par François Ramade
L’Arbre de Vie - du Sang-dragon au Sahara par Philippe Bruneau de Miré
Sur les traces du roi des marais par Geneviève Renson
Aires protégées et aires inhabitées : la réalité de la conservation
par Bernard Salvat
La nature dans les écrits de... Jules Michelet
La nature sous le pinceau de... Martial Bos
Agenda
Les rendez-vous nature de la SNPN
Bibliographie
Lexique
Editorial
En ces temps de crise, l’économie est au cœur de tous les débats… Et rien n’y échappe, pas même ce sujet qui nous est si cher et qui nous réunit dans ces colonnes.
Vous qui vous intéressez à la nature, vous aurez certainement beaucoup entendu parler ces derniers temps de services écosystémiques (ne serait-ce que dans notre dernier numéro spécial, cf n° 241-242, p. 9, dans celui-ci, p. 9) et d’évaluation économique de la biodiversité… Et vous vous serez certainement demandé – comme moi – ce que c’est que cette nouvelle façon de parler des espèces et des milieux naturels. Les services écosystémiques, ce sont tout simplement les services rendus par les écosystèmes. Entendez par là : les services rendus par les écosystèmes à l’Homme, puisque ceux rendus aux autres espèces sont complètement occultés de ce concept. Un service écosystémique, c’est par exemple la capacité d’une zone humide à filtrer l’eau, un peu comme une station d’épuration naturelle. Et ce service rendu a donc une valeur économique, ou du moins cherche-t-on à lui en attribuer une.
C’était en novembre dernier, au cœur des débats de la journée « Entreprises et Biodiversité » organisée au Muséum national d’histoire naturelle dans le cadre de la rencontre semestrielle de l’EPBRS (Plateforme européenne pour une stratégie de recherche en biodiversité). Donner un prix à la biodiversité, c’est aussi le sujet de l’étude confiée au financier indien Pavan Sukhdev, par la Commission européenne et le Gouvernement allemand. Un sujet très à la mode donc, mais une mode récurrente si l’on en croit le directeur de notre association qui a déjà travaillé sur le sujet à la fi n des années 1960, ou, l’américain Alan Randall, qui un peu plus tard, en 1988, affirmait que la meilleure façon de protéger la biodiversité était de lui affecter une valeur économique.
Est-ce si évident et si simple ?
Lors du congrès annuel de RNF en avril dernier (cf p. 12), Raphaël Billé (un nom prédestiné pour parler d’argent), économiste à l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) nous apportait quelques éclaircissements et nous encourageait à nous interroger.
En effet, il n’y a aujourd’hui pas de méthode consensuelle qui permette d’attribuer une valeur à la biodiversité et il apparaît que toutes les méthodes d’évaluation ne peuvent que sous-estimer les valeurs des écosystèmes. Ainsi, en 1998, Toman considérait que l’évaluation des services écosystémiques mondiaux à 33 000 milliards de dollars réalisée par Costanza en 1997était « une sérieuse sous-estimation de l’infini ». Mais quand bien même elle serait exacte, ce sont généralement les considérations politiques et non les critères économiques qui président aux prises de décisions.
Alors pourquoi tenter de parler un langage que nous ne maîtrisons pas et qui risque de se retourner contre nous et nos objectifs de préservation ?
Et d’ailleurs, pourquoi serait-ce aux protecteurs de la nature de justifier leur conviction que la nature est inestimable et irremplaçable ? Le fait que personne, jusqu’à aujourd’hui du moins, ne soit capable de lui attribuer une valeur, n’est-ce pas là la preuve justement de son caractère inestimable ?
Et nous, que vaudrions-nous si nous acceptions de nous laisser acheter et de vendre notre Terre nourricière ?
Et que vaudraient nos vies, privées des richesses de la nature ?
L’important n’est pas tant de savoir compter que de savoir ce qui compte !
A.L.