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Le Courrier de la Nature n°247
- Mai-Juin 2009

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Octocoralliaire (Iridogorgia magnispiralis) sur le point d’être échantillonné.
Photo : Deep Atlantic Stepping Resarch Tean, IFE, URI-IAO et NOAA.

Sommaire

Editorial
Courrier des lecteurs
Echos-Actualité :

- Grenelle de la mer : début des chantiers opérationnels
- Plan national de conservation du lynx en France
- Premier nid de frelon asiatique en Ile-de-France
- Une liste rouge des orchidées de France métropolitaine
- Une libellule redécouverte en France
- Oiseaux et câbles aériens
- Une étude sur les hérissons à Nantes
- Réserves naturelles : préservation de la nature, un atout pour les territoires
- Chasse : des arrêtés d’ouverture suspendus
- Traitement des déchets par les plantes - Energies : projets méthaniers
- Pour une interdiction internationale du commerce du thon rouge
- Tournée européenne de sensibilisation pour les grands fonds marins
- Saisie de coquillages protégés en Martinique
- Herbier africain à Montpellier
- Déforestation : Greenpeace bloque un cargo en provenance d’Indonésie
- Biodiversité : la planète revisitée.


Vie de la SNPN


- L’ours des Pyrénées : entre récession et reprise par Gilbert Simon
- Préservation de la loutre d’Europe : prise en compte de l’espèce dans la gestion de ses habitats par Franck Simonnet & Xavier Grémillet
- Randonnée au fond des océans : l’exploration des monts sous-marins par Eric Pante & Scott France


- La nature sous l’oeil de... la SPHN


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Bibliographie


Editorial

Pour le parc national de Fontainebleau

Voici le grand projet de Fontainebleau relancé* : tant mieux ! Il y a dix ans, le groupe de travail présidé par le professeur Jean Dorst s’était montré réticent à l’idée d’ériger en parc national, nonobstant ses qualités écologiques et paysagères, un espace si proche de Paris, traversé par de lourdes infrastructures de transport qu’utilisent chaque jour des milliers de personnes. Rien ne s’y opposait pourtant sur le plan juridique et l’échec, indépendamment de l’impact négatif d’intérêts parfois puissants, s’explique par des considérations plus générales qui tiennent à l’évolution même de l’institution des parcs nationaux.
Car les parcs nationaux ont changé. Ils ne sont plus nécessairement, comme on le pensait encore à l’époque, plus ou moins consciemment, des lieux vierges ou presque, et vides d’hommes. Dans la définition internationale qu’elle en donne, l’UICN** reconnaît désormais qu’il importe de prendre en considération les populations autochtones et, en France, sans remettre en cause le principe d’une protection potentiellement rigoureuse (cela dépend du décret de création) ni la structure des parcs, qui demeurent des établissements publics administratifs, la loi du 14 avril 2006 facilite grandement le classement d’espaces naturels riches sinon prestigieux, mais plus ou moins densément habités.
Cette adaptation découle principalement de la possibilité de délimiter, dans le cœur du parc, des espaces urbanisés à l’intérieur desquels les travaux, constructions et installations sont soumis à une autorisation spéciale. En dehors des espaces urbanisés, de tels travaux sont en principe interdits sauf autorisation de l’établissement public du parc délivrée après avis du conseil scientifique. En outre, la loi reconnaît explicitement qu’un parc national peut être créé en raison de la qualité – l’article L.331-1 du code de l’environnement dit : de « l’intérêt spécial » – de son patrimoine culturel. Cette disposition est essentielle dans le cas de Fontainebleau qui peut évidemment se prévaloir d’un intérêt géologique et biologique, mais aussi de tout ce que la forêt représente, au moins depuis Barbizon, au point de vue de l’histoire de l’art, laquelle en l’occurrence se confond avec l’histoire de la protection de la nature et l’histoire tout court.
Il reste que le projet devra relever un double défi. D’abord, il sera essentiel d’appliquer, au cœur du parc, un régime de protection exigeant. Compte tenu en effet de la forte anthropisation du territoire et de la pression corrélative des intérêts en jeu, il pourrait être tentant – il est toujours tentant… – de créer un « parc de papier » affublé d’une réglementation laxiste qui risquerait de discréditer gravement l’institution des parcs nationaux elle-même.
En matière de gestion ensuite, le contexte a changé lui aussi depuis 2006. Désormais majoritaires au conseil d’administration, les collectivités territoriales et les membres choisis en raison de leur compétence locale se voient de ce fait confi er une responsabilité inédite, celle de soutenir, au-delà des considérations politiques et de gestion au quotidien (qui n’ont rien de méprisable, au demeurant), une protection rigoureuse de la diversité biologique. La responsabilité, par ailleurs, est une responsabilité partagée et il importe que ce principe du partage soit accepté par tous, y compris les grandes institutions publiques qui ont jusqu’à présent tant apporté à la conservation, de la nature en général et de la forêt en particulier.
Dans ce cadre juridique et administratif, le projet de Fontainebleau suscitera probablement de multiples débats. A l’heure justement où d’autres débats sont ouverts, la création d’un parc en Ile-de-France représenterait, à n’en pas douter, une manifestation significative de l’identité nationale.
Jean Untermaier
Président de la SNPN

* Le Monde, 27 octobre 2009.
** Union mondiale pour la nature.

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Octocoralliaire (Iridogorgia magnispiralis) sur le point d’être échantillonné.
Photo : Deep Atlantic Stepping Resarch Tean, IFE, URI-IAO et NOAA.