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Le Courrier de la Nature n°250
- Spécial Fourmis

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Fourmis tisserandes, Oecophylla longinoda.
Photo Alex Wild.

Sommaire

Editorial



- D’exceptionnelles colonisatrices par Anne Lombardi

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- La division du travail par Jean-Paul Lachaud

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- Une formidable diversification alimentaire par Christian Peeters

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- La reproduction des colonies par Mathieu Molet & Christian Peeters

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- La reconnaissance coloniale par Olivier Delattre & Stéphane Chameron

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- L’intelligence collective par Guy Théraulaz

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Echos-Actualité :
Les fourmis constructrices :
- Construction des nids (F.-J. Richard)
- Entretenir un beau jardin (Corbara et al.)
- Des fourmis qui fabriquent des pièges (Dejean et al. - Corbara)
Les fourmis agricultrices :
- Des fourmis jardinières : Travailler la terre, Récolter et semer (F.-J. Richard)
- Dispersion des graines : manioc sauvage de Guyane (D. Renard, D. McKey, B. Schatz)
- Relations fourmis-plantes : Mutualisme de protection (B. Schatz, L. Dormont, D. McKey), Fourmis et figuiers (B. Schatz, M. Proffit, F. Kjellberg, M. Hossaert-McKey), Les fourmis champignonnistes (F.-J. Richard)
Les fourmis auxiliaires de l’homme :
- Des auxiliaires agricoles
- Des modèles informatique et robotique (E. Bonabeau, G. Théraulaz)
Les fourmis invasives :
- La petite fourmi de feu : Pourquoi sont-elles invasives ? (J. Orivel), Un prédateur spécialisé en Guyane (lab. Evolution et diversité biologique, Toulouse), Elle s’attaque aux géants
- La fourmi de feu rouge
- La fourmi pharaon
- La fourmi des jardins
- La fourmi d’Argentine
- La fourmi à grosse tête
- Les fourmis folles.


La nature dans les écrits de ... Jacques A. Bertrand
La nature sous le pinceau de ... Gilles Bosquet


Bibliographie - Lexique - Remerciements


Editorial

Une seule famille… mais quelle famille !

Etudiées par un millier de chercheurs dans le monde, toutes les fourmis connues possèdent une vie familiale et sociale. Elles ont un ancêtre commun, une guêpe qui vivait elle aussi en famille. En devenant sociale il y a environ 120 millions d’années, cette guêpe lançait l’aventure évolutive des Formicidés, une famille qui survécut aux périodes d’extinction et riche aujourd’hui de 12 000 espèces connues, certainement plus du double en réalité, et qui peuple toutes les terres émergées entre les deux cercles polaires et jusqu’à 3500 m d’altitude.
Au-delà d’un même plan structural reconnaissable même par un non spécialiste, les fourmis présentent une diversité étonnante, avec douze fois plus d’espèces que la moyenne des familles d’insectes. Cette diversité se retrouve à tous les niveaux.
Les fourmis détiennent à la fois le record du plus petit nombre de chromosomes (une paire) et celui du nombre le plus élevé (près de cent). Au sein de certains genres, il existe des espèces jumelles, qui ne peuvent être distinguées que par le nombre de leurs chromosomes (par exemple le groupe des Myrmecia pilosula d’Australie riche de six espèces chromosomiques).
L’effectif des colonies varie selon l’espèce, de deux individus à vingt millions. Le nombre de sexués fluctue lui aussi énormément, allant d’une reine unique au milieu d’ouvrières stériles, jusqu’à une situation où la reine a disparu et où la reproduction est égalitairement répartie entre toutes les ouvrières. De même, la taille des individus - variable entre espèces, mais parfois au sein d’une même colonie - s’échelonne entre à peine 1 mm et 4 cm, soit 40 fois plus, à peu près le même rapport que celui entre la longueur d’une souris et celle d’un lion.
Enfin, le comportement, « enveloppe externe » de l’individu qui régit son adaptation à l’environnement, ne dément pas le reste et reflète un degré de diversité extrême et souvent surprenant. Ainsi, des fourmis comptent parmi les rares insectes à utiliser des outils, telles les oecophylles qui tissent leur nid à l’aide de leurs larves dont elles se servent comme navettes (cf p. 54), ou encore les petites fourmis Conomyrma du désert d’Arizona, qui utilisent des projectiles pour bombarder les entrées des nids voisins des grosses fourmis Myrmecocystus, afin de les empêcher de sortir, permettant ainsi à leurs sœurs de récolter alentour en toute quiétude. On considère souvent que le pinacle de la sophistication comportementale est atteint par les fourmis qui pratiquent l’agriculture active (culture de champignons, élevage de pucerons et autres cochenilles… cf p. 56-58). Sans oublier les fourmis de plusieurs genres (Raptiformica, Polyergus, Chalepoxenus…), qui partagent avec l’espèce humaine le triste privilège de pratiquer l’esclavagisme (cf p. 45), retirant un avantage économique à l’utilisation d’une force de travail gratuite.
Cette diversité inouïe a conduit les fourmis à un succès écologique sans précédent (elles pèsent, en forêt équatoriale, quatre fois le poids de tous les vertébrés terrestres), salué par ce passionnant numéro spécial dédié à la famille animale sans doute la plus exceptionnelle avec celle des Hominidés. Je vous invite à le découvrir.
Pierre Jaisson
Professeur d’éthologie à l’Université Paris 13

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Fourmis tisserandes, Oecophylla longinoda.
Photo Alex Wild.