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Le Courrier de la Nature n°255
- Juillet-Août 2010

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Photo Yves Thonnérieux / Parade nuptiale de manchots royaux
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Sommaire

Editorial
Echos-Actualité :

- Réhabilitation : la réserve naturelle de Crau
- Grenelle de la mer
- Escargot relique en Martinique
- Agriculture biologique : réduction de crédit d’impôt
- Médicaments dans l’eau : campagne nationale d’analyse
- Mission biodiversité des océans à Crozet
- L’apiculture et écosystèmes agricoles
- Menaces sur la vie marine en Méditerranée orientale
- Mission d’inspection gaz de schistes
- 11 sites Natura 2000 récompensés
- Un écocentre en Bourgogne
- L’origine des serpents
- Espoir pour les tigres avec les corridors écologiques
- 13 conventions en Adour-Garonne pour les zones humides
- Forage pétrolier au large de Cayenne
- Le baguage dangereux pour les manchots
- Après Xynthia : état des réserves naturelles
- Les jardiniers amateurs et les risques des pesticides


Vie de la SNPN


- Le merle des îles, un oiseau menacé d’extinction en Nouvelle-Calédonie par Julien Baudat-Franceschi, Jean-Jérôme Cassan, Eric Pasquet & Jean-Claude Thibault

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- Dépoldérisation : la reconquête du fleuve sur l’ancien polder de Mortagne-sur-Gironde par Thomas Hérault & Hélène Collet

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- Stockage de déchets en plaine des Maures par Robert Giraudo & Thomas Hermans

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- L’homme et la nature : troisième épisode par Luc Strenna

ou comment l’homme occidental a pensé ses rapports à la nature...


La nature dans les écrits de ... Amos Oz
La nature sous le pinceau de ... Anne Tassin


Agenda
Les rendez-vous nature de la SNPN
Bibliographie - Lexique


Editorial

Nucléaire et Finance

Que peut-on oser écrire sur la catastrophe que connaît à l’heure actuelle le Japon depuis le séisme qui a frappé le Nord-Est du pays vendredi 11 mars, tant tout semble avoir été déjà dit et redit ces derniers jours par les médias sur le sujet. Inutile, donc, de rappeler les faits, ils sont connus de tous : un séisme extrêmement violent, un tsunami, des villages engloutis, des milliers de morts et disparus… auxquels s’ajoutent plusieurs accidents nucléaires sur la centrale de Fukushima et donc un risque de contamination par un nuage radioactif dont on ignore encore le niveau de gravité.
Ce scénario catastrophe est à l’origine de nombreux débats, et relance notamment avec force celui du nucléaire et des risques de son utilisation pour la production d’électricité. Les yeux du monde entier semblent aujourd’hui tournés vers Fukushima et la peur d’une contamination généralisée par le nuage radioactif issu de l’explosion des réacteurs nucléaires est plus que présente.
Il est toujours surprenant de constater combien l’homme, espèce pourtant connue pour son talent imaginatif, a besoin d’être directement confronté au pire pour l’envisager avec un minimum de sérieux. A l’époque, naïve, du « Risque Zéro », j’entends par là une époque où tout nous paraît maîtrisable et maîtrisé par je ne sais quelle technologie divine, il semble absolument inconcevable qu’un tel événement se produise. Comment, la terre, cette « ressource géante » que l’on (sur)exploite depuis des milliers d’années et que l’on croit avoir définitivement apprivoisée, peut-elle encore se montrer si hostile ?
Les risques sismiques et de tsunami ont été certes pris en compte dans les normes de sécurité des centrales nucléaires japonaises mais à un seuil bien inférieur à ce qui s’est passé le 11 mars [1]. Il est certain que la hauteur de la montée des eaux fut extrêmement importante mais ce n’est pas la première fois qu’un événement d’une telle ampleur survient et il paraît inconcevable que les scénarios retenus par les scientifiques pour sécuriser les centrales, étant donné l’ampleur des enjeux, ne soient pas les scénarios du pire (au risque d’être bien au-dessus de la réalité) et non les plus probables, pour ne pas dire les moins coûteux…
Cela conduit à réfléchir sur l’identité des structures en charge de ces technologies. En effet, on ne peut s’empêcher de noter que cette centrale japonaise est gérée par une multinationale (TEPCO [2]), plus grand producteur privé mondial d’électricité, et non pas par le gouvernement japonais. Il paraît primordial de ne pas laisser ces technologies à haut risque sous l’emprise de la loi du marché et de la spéculation boursière, comme c’est d’ailleurs en train de se passer en France suite à la privatisation d’EDF. Les enjeux financiers d’une entreprise privée sont bien souvent contraires à ceux d’une prise de précaution et d’une gestion des risques optimales. L’énergie nucléaire doit être gérée à l’échelle nationale voir supra-nationale avec l’édiction de normes internationales ou communautaire.
Au lendemain de cette catastrophe, les pays européens parlent d’ailleurs de soumettre toutes leurs centrales nucléaires à des “tests de résistance”. Il serait bien évidemment indispensable de ne pas se limiter à l’Europe et de généraliser ce type de démarche à l’ensemble des centrales.
Il faut espérer que la France, pays le plus nucléarisé au monde par rapport au nombre d’habitants [3], tire des conclusions de cette effroyable épisode en prenant rapidement des mesures efficaces pour élever le niveau général de sûreté et en adoptant des normes pour limiter les risques.
A. C.

NB : Un autre point intéressant à soulever est celui du nucléaire militaire. Nous ne parlons en effet plus tellement des risques liés à cette forme de nucléarisation. Or, les risques existent bel et bien et sont peut-être même encore plus élevés que ceux du nucléaire civil.

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