Réserve nationale de Camargue
Réserve naturelle du lac de Grand Lieu
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Végétation palustre

La partie du lac constamment en eau a largement évolué depuis une quinzaine d’années, puisqu’elle s’est agrandie régulièrement au dépend des roselières boisées. Un suivi des surfaces occupées par les macrophytes flottants et l’eau libre sur la zone centrale du lac de Grand-Lieu est réalisé chaque année depuis 1999, à partir de photographies aériennes préalablement rectifiées et géoréférencées (Boret & Reeber, 1999 à 2008). Ces mesures de surface ont permis de suivre en continu l’évolution spatiale spécifique et plurispécifique de cet herbier flottant, considéré comme le plus important de France.
La partie centrale en eau a donc fortement évolué depuis quelques décennies. L’évaluation des surfaces dressée en 1982 (Marion, 1999) donnait 60 ha pour le Scirpe lacustre (Scirpus lacustris), 490 ha pour la Châtaigne d’eau (Trapa natans), 103 ha pour le Limnanthème faux-nénuphar (Nymphoides peltata) et 361 ha pour le Nénuphar blanc (Nymphea alba).
On note donc la régression drastique des trois premières espèces, l’augmentation de la dernière et l’apparition massive du Nuphar jaune (Nuphar lutea). Il ne s’agit pas ici de concurrence entre ces espèces, les nénuphars colonisant plutôt de façon progressive l’espace laissé vacant par les autres espèces. Les causes de cette évolution ne sont pas bien connues. Dans un premier temps, la disparition des grands hélophytes (scirpes et typhas) a certainement provoqué un remaniement sédimentaire, augmentant de plus l’effet de clapot sur les autres espèces. Le déplacement permanent de sédiment est peut-être aujourd’hui encore la cause de la raréfaction des espèces annuelles (Châtaignes d’eau), dont les graines peuvent se trouver tour à tour déchaussées ou profondément envasées. Le Ragondin (Myocastor coypus) a souvent été désigné comme le principal coupable de la disparition des hélophytes de la partie centrale, mais il faut également tenir compte de la prédation effectuée par le Rat musqué (Ondatra zybethicus), ainsi que du pilage par les regroupements d’oiseaux d’eau (canards colverts par exemple, dont les effectifs atteignaient 20 à 30000 individus en été dans les années 1980 (Boret, 1985-1993), ou hérons fixés par les décharges de poissons-chats). Il conviendrait aussi de se poser la question de l’impact de la raréfaction des étiages naturels sévères depuis plusieurs décennies. Les secteurs où étaient installées ces stations sont actuellement profonds de 20 à 80 cm lors des plus bas niveaux du lac.
L’apparition très ancienne de scirpes et de typhas aussi loin de la berge n’a pu se faire que par des profondeurs bien moindres, sans doute à l’occasion d’étiages bas. Bien sûr, la tolérance de ces plantes aux niveaux d’eau élevés a aussi été amoindrie par l’eutrophisation des eaux du lac, entraînant l’anoxie au niveau des rhyzomes. Notons cependant que la prédation et la qualité des eaux n’ont pas eu le même effet sur les scirpaies installées sur fond sableux ou sur les prés-marais. Cela suggère une forte responsabilité de l’évolution des fonds meubles remaniés, ainsi que des hauts niveaux d’eau d’été.
Les grandes surfaces d’herbiers immergés - characées, naïas, myriophylles et potamots - qui occupaient les eaux libres et la zone des macrophytes flottants ont elles-aussi été les victimes de la turbidité de l’eau, empêchant la lumière d’arriver dans les couches profondes qu’ils occupent. L’eutrophisation des eaux en est bien sûr responsable, même si son impact a pu être accentué là-aussi par la remise en suspension accrue des sédiments.
L’herbier à macrophytes flottants a depuis longtemps été perçu comme le principal facteur d’envasement du lac de Grand-Lieu (Marion & al., 1992). C’est d’ailleurs entre autres dans l’optique de faire baisser la productivité des macrophytes flottants que des niveaux d’eau plus élevés au printemps et en été avaient été appliqués entre 1995 et 2001 . Un suivi avait donc été instauré à cette époque sur la productivité des différentes espèces peuplant cet herbier, afin de tester leur réaction au nouveau règlement hydraulique de l’époque.

L’impact des niveaux d’eau appliqués entre 1996 et 2001 sur la production globale des herbiers flottants avait été estimée à une chute de 54%, avec également une modification de la chronologie de croissance des nénuphars (Paillisson, 2003). Cette évolution de l’herbier à nénuphars s’était d’ailleurs largement fait ressentir sur la nidification des guifettes moustac (Chlidonias hybridus), dont les nids flottants nécessitent une densité suffisante de nénuphars (Reeber, 2004 et 2006).
Trois éléments supplémentaires restent trop peu étudiés, à savoir le rôle direct qu’ont pu avoir les concentrations croissantes de produits phyto-sanitaires sur la flore, et les effets de hauts niveaux d’eau sur les cyanobactéries. Il est effectivement envisageable qu’une baisse sensible de la productivité des macrophytes flottants profite indirectement aux micro-algues, les premiers accaparant de fait moins de nutriments, alors rendus disponibles pour les secondes (effet de compétition). L’impact que pourrait avoir l’Ecrevisse de Louisiane sur cet herbier est également très préoccupant.


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- Eau libre
- Roselière boisée
- Végétation palustre
- Prairies humides

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Avec près de 720 hectares, les herbiers flottants de Grand-Lieu constituent un habitat exceptionnel pour les poissons, les insectes aquatiques et les oiseaux
Photo - S. Reeber SNPN
Le Limnanthème jaune apporte une touche colorée aux herbiers flottants de Grand-Lieu. On en trouve une quinzaine d’hectares imbriqués dans les nénuphars.
Photo - S. Reeber SNPN
Avec sa petite taille, le Crabier chevelu est très bien adapté à l’exploitation des herbiers à nénuphars
Photo - S. Reeber SNPN
Le Nénuphar blanc est l’espèce majoritaire dans les herbiers flottants, devant le Nuphar jaune, la Châtaigne d’eau et le Limnanthème jaune
Photo - S. Reeber SNPN
Les herbiers flottants de Grand-Lieu accueillent la plus forte population française de Guifette moustac (1250 nids en 2005, une espèce vulnérable à l’échelon européen )
Photo - S. Reeber SNPN
Vu d’en haut, les nénuphars s’étendent à perte de vue, offrant un panorama unique en Europe de l’Ouest...
Photo - S. Reeber SNPN
Le nid de la Guifette moustac est typiquement constitué d’un amas de végétaux flottants, cette espèce étant la seule réellement inféodée aux nénuphars à Grand-Lieu
Photo - S. Reeber SNPN