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Le Courrier de la Nature n°274
- Mars - Avril 2013

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Accouplement de papillons proserpine / Photo Association Proserpine
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Sommaire

Editorial
Vous nous avez écrit...
Echos-Actualité :

- Compte-rendu de la 16e Conférence des parties à la CITES
- La première réserve d’actifs naturels en plaine de Crau
- Panama : Inventaire des arthropodes en forêt tropicale
- Premier bilan du Grenelle de l’environnement
- Le déclin des marsouins dans la mer Noire
- Plan Loire : point sur les actions en faveur de l’eau, des espaces et des espèces
- « La Planète revisitée » en Papouasie-Nouvelle-Guinée
- Pêche illégale en Guyane
- Restauration du massif dunaire de l’Espiguette (30)
- Police de l’environnement : création du poste d’inspecteur de l’environnement.


Vie de la SNPN


- Les savanes sèches de Guyane : quelques gouttes de prairie dans un océan de forêt tropicale par Anna Stier & Marianne Palisse

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- La proserpine en Haute-Provence : un lycée agricole entreprend de restaurer l’habitat de cette espèce menacée par Roland Commerçon, Antoine Longieras & Nicolas Maurel

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- Organiser la cohérence nationale de la Trame verte et bleue, constitution d’une liste de vertébrés par Romain Sordello

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- La Société d’acclimatation (1854-1939). Une origine du courant naturaliste de protection de la nature en France. 4ème partie par Rémi Luglia (Agrégé et docteur en histoire)


Tribune libre

Laissons le public s’impliquer d’avantage dans la gestion des espaces naturels protégés, par Dominique Julien La Bruyère


La nature sous l’œil de...a Société de photographie d’histoire naturelle


Les rendez-vous nature de la SNPN
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Lexique


Editorial


Pour ses 40 ans, la CITES accouche d’une souris !

La 16e Conférence de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (CITES) s’est tenue du 3 au 14 mars derniers à Bangkok, en Thaïlande. Comme le souligna une succession d’orateurs aux accents émus, elle coïncidait également avec le 40e anniversaire de cette Convention signée le 3 mars 1973 à Washington, après avoir été attendue pendant de longues années par toutes les organisations impliquées dans le combat contre les destructions occasionnées sur la faune et la flore sauvages par des activités commerciales incontrôlées.
Les premiers succès, spectaculaires il faut le reconnaître, profitèrent aux animaux à fourrure – panthères, lynx, tigres, chats dits «  de Chine  », loutres, martres, fouines, zibelines, visons, putois, renards blancs, bleus, argentés et, bien sûr, phoques de plusieurs espèces dont la consommation par nos pays dits «  développés  » ne ralentissait pas  ! Il fut relativement facile de sensibiliser le public jeune à la cruauté de cette mode et de mobiliser quelques stars mondiales, telle notre Brigitte nationale dont les photographies prises sur la banquise avec un bébé phoque dans les bras firent le tour du monde  ! Les fourreurs eux-mêmes furent sensibles à l’image que les médias donnaient de leur profession et, à l’occasion de rencontres que nous eûmes avec leurs responsables, se montrèrent prêts à accepter le transfert de l’Annexe II de la CITES (commerce contrôlé) à l’Annexe I (commerce totalement interdit) de certaines espèces, notamment de félins tachetés ou rayés dont ils reconnaissaient qu’ils faisaient l’objet de prélèvements excessifs. De même, en accord avec d’autres professions, il fut possible d’interdire, ou du moins de limiter, l’utilisation des peaux de certains reptiles, notamment des crocodiles, et des écailles de tortues marines très menacées par ce commerce.
Dans d’autres domaines, en revanche, la CITES accumula les déceptions et essuya des échecs que depuis des décennies elle n’arrive pas, ou plutôt ne cherche pas à surmonter. Nos lecteurs peuvent ainsi suivre le combat que la SNPN mène depuis plus de trente ans pour la protection des éléphants et qui se résume finalement à une lutte sans merci contre le commerce de l’ivoire. Il est vrai qu’en l’occurrence le combat est quelque peu biaisé, puisque les organismes impliqués dans ce commerce avaient textuellement obtenu, à la Conférence d’Ottawa en 1987, l’autorisation de «  verser au secrétariat  » (de la CITES) «  en faveur de ses activités… des contributions proportionnelles à leur commerce en ivoire de l’éléphant d’Afrique  »  ! Même si ces étonnantes «  contributions  » semblent avoir été supprimées par la suite, à cause des protestations de certains pays, il est évident quecet épisode a jeté un doute sur la nature des relations existant entre les marchands d’ivoire et certains responsables de la CITES dont le principal fut congédié. Et de fait, la trêve aux effets miraculeux dont bénéficièrent les éléphants d’Afrique par leur inscription en Annexe I ne résista pas plus de sept ans (1990-1997) aux pressions des trafiquants menés par l’Afrique du Sud et qui aboutirent à une reprise du commerce de l’ivoire pour quatre pays de cette région.
Dans le cas de l’ours polaire dont, selon Robin des Bois, il ne reste plus que 20 000 à 25 000 survivants, le problème est clairement politique. Tandis que les rapports des spécialistes – le dernier datant de février 2013 – pressent la communauté internationale de prendre des mesures de protection urgentes et que, pour une fois d’accord, les États-Unis et la Russie plaident pour le transfert de l’espèce en Annexe I, le Canada qui en compte près de 15 000 s’y oppose résolument et autorise qu’au moins 600 d’entre eux fassent chaque années l’objet d’une chasse dite «  sportive  », mais aussi en grande partie commerciale  ! Volant à son secours, l’Union Européenne suggère un compromis  : il s’agirait, au cours des trois années précédant la prochaine conférence de la CITES, de lancer un programme d’études destinées – comme s’il en était besoin – à approfondir nos connaissances sur les populations d’ours polaires afin d’évaluer le bien-fondé d’une éventuelle inscription de l’espèce en Annexe I à l’occasion de cette conférence prévue pour 2016. En attendant, le massacre peut continuer  !
Concernant les deux espèces de rhinocéros africains, pourtant inscrits en Annexe I, les experts de la Commission de survie des espèces considèrent qu’un spécimen est victime du braconnage toutes les onze heures, ces abattages s’étant accrus de 43 % entre 2011 et 2012 , principalement en Afrique du Sud où leur chasse est autorisée sur de vastes propriétés privées dites «  fermes à rhinocéros  »  ! Le trafic est organisé par des ressortissants asiatiques installés en Afrique qui expédient les cornes vers le Vietnam et surtout la Chine.
Comme le souligne le compte-rendu publié dans ce numéro (cf. p. 6), cette 16e conférence de la CITES n’aura proposé aucune solution à ces problèmes majeurs. Au terme de dix jours de débats, elle n’aura abouti, mesure pratiquement incontrôlable, qu’à l’inscription de quatre espèces de requins en Annexe II et enfin, après d’innombrables propositions de divers pays d’Afrique occidentale, au transfert du lamantin de l’Annexe II à l’Annexe I. Les populations restantes de ce sirénien d’eau douce sont estimées à moins de 10 000 individus, mais, d’après toutes les observations que nous avons pu effectuer depuis 1950, il a pratiquement disparu de toutes les embouchures du littoral où il était pourtant commun avant la prolifération des armes à feu  !
Cette unique et ultime protection de la CITES ne contribuera certainement pas à restaurer les effectifs de cette espèce à la limite de l’extinction, d’autant qu’elle ne fait pas l’objet d’un commerce international au sens propre du terme, les quelques individus braconnés étant le plus souvent consommés sur place, ou dans les villages voisins par les populations qui attribuent toutes sortes de vertus à sa chair et à ses différents organes.

Pierre Pfeffer

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