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Amnistie pour les éléphants - Communiqué avril 2012
- Stoppons le massacre des éléphants dû à la reprise du commerce de l’ivoire !

Communiqué de presse
le 23 avril 2012
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La Société nationale de protection de la nature en appelle a un arrêt total du commerce international de l’ivoire !

Photo Pierre Pfeffer

De nombreux médias se sont récemment fait l’écho de l’abattage de plus de 600 éléphants dans le parc national de Bouba N’Djida, au Cameroun. Ce qui pourrait sembler un événement isolé ne l’est malheureusement pas et des actes de braconnage se répètent chaque année, n’épargnant même pas des pays où des efforts importants sont mis en œuvre pour protéger la grande faune. Ainsi, au Kenya, les gardes ont compté 278 éléphants abattus illégalement en 2011, contre 177 en 2010. Pourtant, le tourisme lié à la faune patrimoniale est la deuxième ressource du pays, employant 160 000 personnes et rapportant plus d’un milliard de dollars par an !

L’expérience passée a montré que seul l’arrêt total des exportations d’ivoire des pays producteurs d’Afrique ou d’Asie pouvait mettre fin au braconnage des éléphants, tout simplement en coupant les pays utilisateurs de leurs sources.
La démonstration en a été faite lorsque les pays signataires de la Convention de Washington, ou CITES, qui réglemente le commerce international des espèces menacées de faune et de flore, décidèrent, lors de leur réunion d’octobre 1989 à Lausanne (Suisse), d’inscrire toutes les populations d’éléphants en Annexe 1 de ladite Convention, c’est-à-dire parmi les espèces dont tout commerce international est formellement interdit. Le résultat fut proprement miraculeux : les pays d’Extrême-Orient, tous signataires de la CITES, se trouvèrent dans l’obligation de suspendre leurs importations d’ivoire, stoppant ainsi le braconnage généralisé !
Et, inversement, lorsqu’en 1997 et 2000, sous la pression politique de l’Afrique du Sud et de la Grande-Bretagne, la CITES accepta de rétrograder en Annexe 2 (commerce autorisé) les populations d’éléphants du Botswana, de la Namibie, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud, le braconnage reprit de plus belle sur l’ensemble du continent, tout l’ivoire s’écoulant par cette filière d’Afrique australe !

Ce ne sont pas seulement les éléphants qui payent un lourd tribut à ce macabre commerce : des centaines de gardes des parcs nationaux ont trouvé la mort en Afrique – Kenya, Tanzanie, Tchad, République centrafricaine, Congo, Zimbabwe et même Afrique du Sud –, depuis la reprise de ce commerce « partiel ». Les pertes semblent encore plus importantes parmi les braconniers, poussés par le cours actuel de l’ivoire (entre 40 et 50 US $ le kg).
Les éléphants font partie de notre patrimoine mondial, et du patrimoine de ces pays d’Afrique qui cherchent à les protéger. Face aux moyens mis en œuvre par le braconnage, ces pays sont pourtant souvent démunis, et demandent l’interdiction totale et définitive du commerce de l’ivoire.

C’est donc aux États signataires de la CITES, et notamment à ceux d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie, de respecter la volonté de la majorité des pays africains et de prendre maintenant conscience de leur responsabilité dans la survie des éléphants. Mettre un terme à ce trafic morbide nécessite un reclassement de toutes les populations d’éléphants en Annexe 1 de cette convention à l’occasion de sa prochaine conférence, en mars 2013.

Estimées à quelques deux millions et demi têtes en 1970, les populations globales d’éléphants sont tombées à près de 300 000 à l’heure actuelle, mais les saisies d’ivoire de contrebande indiquent que près de 40 000 d’entre eux sont encore braconnés chaque année ! Il est évident que, à ce rythme et même en tenant compte des reproductions, l’espèce sera au bord de l’extinction au commencement de la prochaine décennie.

Le temps nous est donc compté... Nous n’étions pas là pour sauver les mammouths, mais nous pouvons encore sauver les éléphants !

Pierre Pfeffer
Vice-président de la SNPN
Docteur ès Sciences
Directeur de recherche honoraire au CNRS/ Muséum de Paris
Président honoraire du réseau des aires protégées d’Afrique centrale (huit pays)

Stéphanie Hudin
Administratrice de la SNPN

Contact : Elodie Seguin, Responsable scientifique de la SNPN.

Société nationale de protection de la nature 9 rue Cels, 75014 Paris Tel : 01.43.20.15.39 / snpn@wanadoo.fr – www.snpn.com