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Le projet de centre d’essais Michelin
- Pneu vert et nature

Le projet du Centre d’essais et de recherche du Var (CERV), élaboré par la Société Michelin, prévoyait 5000 m2 de bâtiments techniques, deux pistes d’essais, des routes d’accès et de sécurité, sur un site de 275 ha dans la plaine autour du lac des Escarcets. Il était destiné à mettre au point le pneu « vert » réduisant de 5% la consommation des véhicules qui en seraient équipés. Le choix de la Plaine des Maures par Michelin était dicté par la proximité d’un centre urbain (Saint-Tropez), l’attractivité du site, le climat permettant les essais tout au long de l’année, la tranquillité et l’absence du voisinage.

Le projet à ses débuts

Les interventions du ministère de l’Environnement

Les associations se mobilisent

Les sites de substitution

Vers une protection pérenne

Le projet à ses débuts

En 1990, la Société Michelin achète 373 ha de terrain à très bas prix puisque le site est compris dans une zone naturelle ND (une zone où en raison de la qualité et de l’importance des milieux naturels toute construction est interdite) du POS (plan d’occupation des sols) du Cannet-des-Maures. En 1992 la propriété Michelin s’agrandit de près de 600 ha.

Afin de rendre constructibles les terrains acquis, la commune du Cannet-des-Maures entreprend une révision de son POS, qui aboutit début 1993. Sa modification est accompagnée d’une étude d’impact, commandée au bureau d’études Ecosphère et financée par Michelin, qui propose un zonage du site en fonction de la sensibilité du milieu et de la rareté des espèces. Les associations de défense de la plaine et des scientifiques soulignent alors « l’aspect lacunaire » de cette étude, qui « s’appuie sur une vision étriquée du fonctionnement d’un habitat naturel, le zonage du site selon la sensibilité des milieux négligeant les interactions avec les biotopes voisins » (lettre du 24 novembre 1993 du professeur François Ramade, président de la SNPN, au Tribunal administratif de Nice). Toutes les routes, de même que la triple clôture électrifiée entourant le CERV, auraient été débroussaillées sur 5 à 25 m de chaque côté, morcelant ainsi le milieu et portant l’emprise du centre d’essais à 350 ha.

A la suite de l’étude d’Ecosphère, le projet fut modifié et prévit désormais des mesures compensatoires, la création d’un centre d’initiation à la nature et d’une réserve naturelle volontaire agréée de 150 ha.

Les interventions du ministère de l’Environnement

A la demande du ministre de l’environnement de l’époque, Brice Lalonde, deux experts du Conseil national de protection de la nature (CNPN) se rendent sur place et confirment que le projet Michelin porte atteinte au site sur le plan botanique, entomologique et faunistique, notamment pour la tortue d’Hermann. Le CNPN se prononce pour une délocalisation du projet Michelin et pour la création d’une réserve naturelle et le classement de la plaine au titre des sites. Par ailleurs, une analyse complète des potentialités écologiques de la Plaine des Maures, entreprise par la Direction régionale de l’environnement (DIREN) PACA conclut à l’impossibilité de l’aménager sans graves conséquences.

Ségolène Royale, nouvellement nommée ministre de l’Environnement, demande un audit écologique de l’étude d’impact du projet Michelin, réalisée par Ecosphère, au cabinet Essor-Europe. Les conclusions de ce rapport font pencher définitivement le ministère de l’Environnement du côté des défenseurs de la Plaine, et un groupe de travail pour la recherche de sites de substitution est constitué.

Les associations se mobilisent

Pour les associations de protection de la nature et les scientifiques, la réalisation du projet Michelin entraînerait inévitablement l’implantation d’autres infrastructures, morcelant la plaine jusqu’à sa dégradation totale.

Dès 1991, des associations réunies en Collectif*, et des scientifiques se mobilisent pour sauver la plaine. En 1993, le Collectif attaque devant le Tribunal administratif de Nice la révision du POS du Cannet-des-Maures pour « erreur manifeste d’appréciation ».

Une action à l’échelle européenne est aussi entreprise : dès 1991, le Comité permanent de la Convention de Berne, dont la France est signataire, recommande de créer une réserve naturelle dans la Plaine des Maures afin de protéger l’habitat de la tortue d’Hermann. La 13ème réunion, en 1993, du Comité permanent déclare que « le projet Michelin ne peut être poursuivi sans de graves répercussions pour la suivie à long terme des espèces animales les plus remarquables (...). » Enfin, ce n’est qu’en 1995 que les autorités françaises confirment « que les négociations se poursuivent (...) pour trouver un site de substitution pour le centre d’essais de pneumatiques de Michelin (...) ». La SNPN intervient alors à plusieurs reprises auprès du Comité permanent de la Convention au sujet des mesures de protection envisagées.

Parallèlement, l’association pour la sauvegarde et la protection des animaux sauvages (ASPAS) dépose une plainte auprès de la Commission européenne qui a décidé d’entamer une procédure d’infraction à l’encontre de la France pour mauvaise application de la « directive oiseaux ».

Les sites de substitution

Suite aux interventions de Ségolène Royal, un groupe de travail a été mis en place pour rechercher des sites de substitution. Parmi les vingt sites envisagés, c’est le plateau de Vins-sur-Caramy qui semblait convenir techniquement mais les collectivités locales ne furent pas aussi enthousiastes qu’au Cannet. En outre, Michelin ayant déjà dépensé 40 millions de francs sur le projet des Maures, ne voulait plus financer les démarches liées au changement du site et à l’achat des terres.

Le travail des associations de défense de la nature et la bonne volonté de la société Michelin permirent de trouver une solution au conflit : le site de Vins-sur-Caramy fut adopté, et l’ancienne propriété de Michelin, soit 879 ha au cœur de la plaine des Maures, devient propriété du Conservatoire du littoral et des rivages lacustres qui a pu l’acquérir grâce à l’extension de son périmètre d’intervention (décret du Conseil d’Etat n°95-445 du 21 avril 1995).

Quant au POS du Cannet-des-Maures, les délibérations concernant sa modification ont été annulées par le Tribunal administratif de Nice en 1997.

La société Michelin, après avoir été autorisée à défricher 99 ha à Vins-sur-Caramy, a annoncé en 2001 que du fait de la conjoncture économique défavorable elle suspendait son projet jusqu’à nouvel ordre...

Vers une protection pérenne

Si cette transaction a récompensé le lobbying des associations de protection de la nature, elle ne constitue qu’une étape vers une réelle protection de la Plaine des Maures. Bien que les terrains détenus par le Conservatoire du littoral se trouvent à l’abri des projets industriels, ils ne représentent qu’une faible surface par rapport à l’ensemble de la Plaine (5000 ha), qui est toujours menacé par les installations comme la décharge de Balançan, la Zone d’aménagement concertée (ZAC) et le complexe golfique du Bois de Bouis, le projet de la ligne à grande vitesse (LGV) PACA.

D’autres mesures ont donc été indispensables comme par exemple la mise en place par l’Etat, en 1995, d’un Projet d’intérêt général (PIG) qui a été reconduit en 2001 et en 2004. Fondé sur l’inventaire de la richesse biologique et paysagère des Maures (la plaine et le massif), il avait pour objectif premier la protection du patrimoine naturel par des mesures administratives de long terme telles que réserve naturelle ou classement du site. Cette mesure provisoire, destinée à préparer les mesures de protection pérennes, a permis de « couper l’appétit » à de nombreux promoteurs avisant la Plaine des Maures.

*Le Collectif pour la plaine des Maures est un collectif informel qui comprend des associations locales (notamment ADPM des Mayons, APEVV de Vidauban et APAGF de La Garde-Freinet, auxquelles se joindra plus tard Ethique-Environnement du Cannet-des-Maures), des associations régionales (LPO PACA, CIVIS, Fare-Sud, UDVN) et nationales (ASPAS, SFO, SNPN, SOPTOM) et des mouvements écologistes (Avenir Ecologie, Les Verts, Mouvement des Ecologies Indépendant).

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