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La ligne à grande vitesse PACA

Le projet de ligne à grande vitesse Provence-Alpes-Côte d’Azur est le fruit d’un programme d’études conduit par Réseau Ferré de France (RFF) à la demande de l’Etat et des collectivités partenaires du projet : le Conseil régional PACA, les Conseils généraux des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes, les agglomérations de Marseille, Toulon et Nice.

Inscrit, en 2003, dans la liste des infrastructures à réaliser à long terme, ce projet dont RFF est maître d’ouvrage, a pour objectif de répondre au problème de saturation du réseau ferroviaire, d’améliorer l’accessibilité de la région en reliant les grandes métropoles régionales (Marseille, Toulon, Nice) et d’insérer ce nouveau réseau ferroviaire dans l’arc méditerranéen entre l’Italie et l’Espagne.

Débat public

La position de la SNPN

Vers une réflexion concertée

Débat publlic

Une vingtaine de tracés a été définie et proposée fin février 2005 par RFF au débat public (www.debatpublic-lgvpaca.org). La majorité d’entre eux prévoit environ 180 km de ligne nouvelle dont 40 km de tunnels pour une emprise totale de 1400 ha.

Grâce à une large couverture dans la presse, le public s’est montré très intéressé par ce projet : pendant 4 mois les habitants de la région ont eu l’occasion de s’informer et de participer à son élaboration. Un des trois départements concernés, le Var, où se sont manifestées les plus nettes oppositions, a fourni à lui seul 50% des participants. Les apports riches et variés du public, présentant les enjeux et les différentes caractéristiques de la région, ont fait évolué les positions de certains acteurs. L’opportunité de la ligne nouvelle est affirmée dans les Alpes-Maritimes, reconnue largement ailleurs, mais contestée, sur le principe même, dans le Centre-Var. Le financement du projet a suscité de multiples questions auxquelles il n’a été répondu que partiellement. Trois familles de projets sont ainsi ressorties des débats : une LGV reliant Paris et Nice le plus directement possible (dit « LGV Côte d’Azur »), une LGV desservant en ligne les trois principales agglomérations de la région (« LGV des métropoles du Sud »), le projet privilégiant des liaisons régionales rapides basées sur le réseau existant (« LGV des solutions alternatives »).

La SNPN, représentée par son correspondant local Thomas Hermans, est également intervenue dans le cadre de ce débat public et a déclaré sa vive opposition au projet de la LGV PACA (voir Cahiers d’acteurs).

La position de la SNPN

Les 20 tracés proposés pour la LGV PACA empruntent tous le sillon permien et traversent tous la Plaine des Maures.

L’impact d’une LGV dans la plaine serait considérable : emprise directe de plus de 80ha (7 ha/km sur 12 km), fragmentation des habitats prioritaires, perturbation du réseau hydrographique superficiel, essentiel au fonctionnement des écosystèmes, impact majeur pour le paysage, mais aussi accélération du développement local (économique, touristique, agricole).

Les espaces naturels remarquables représentent 62% de l’aire d’étude de la LGV. Or, il a été constaté que les enjeux environnementaux sont de la seule compétence du maître d’ouvrage (RFF). Ne disposant d’aucun élément d’évaluation d’impacts, celui-ci n’a pas été en mesure de démontrer la faisabilité environnementale du projet face aux multiples contraintes de la Plaine des Maures. Par ailleurs l’expérience de quelques projets d’aménagement passés (centre d’essais Michelin, golf de Bouis) qui se sont heurtés aux contraintes réglementaires, a confirmé la nécessité de préserver les habitats dans leur ensemble. La problématique de la LGV étant tout à fait similaire, on est en droit de se demander pourquoi les garanties jugées insuffisantes, du point de vue du fonctionnement des écosystèmes et dans le contexte des projets abandonnés, deviendraient a priori acceptables dans le cas de la LGV.

Nous avons constaté la prise en compte différée des incidences, la sous-estimation des impacts, l’absence de retours d’expérience des projets de LGV (notamment de la LGV Méditerranée), le manque de projet de territoire et d’alternatives. Face à ces difficultés, le projet de la LGV PACA ne peut se prévaloir d’une notion d’utilité publique bien établie.

Vers une réflexion concertée

Le débat public a fait ressortir la préférence des grandes collectivités territoriales pour un projet de la « LGV des métropoles du Sud » comme répondant le mieux à leur vision de l’aménagement du territoire. RFF a donc décidé de poursuivre les études de la LGV en comparant et en précisant notamment les temps de parcours, les dessertes, les avantages socio-économiques et les coûts. A cet effet, en 2006, un complément d’études a été lancé pour vérifier les performances et la faisabilité technique et financière des différentes solutions, en prenant comme référence la « LGV des métropoles du Sud ». A l’issue des ces études, qui se dérouleront en deux phases, en 2006 et 2007 sur 18 mois environ, le maître d’ouvrage devra proposer le fuseau sur lequel seront lancées les études préliminaires.

En outre, afin de répondre au souhait émis par le débat public, RFF a décidé de mettre en place un dispositif de consultation des acteurs et d’information du public pour une meilleure acceptabilité du projet. Dans cette perspective, RFF a lancé la création d’un secrétariat technique et des groupes de travail thématiques pour répondre à des problématiques concrètes : « Milieu humain », « Agriculture et viticulture », « Biodiversité et milieu naturel », « Aménagement du territoire ». Ces groupes (20 personnes maximum chacun) comprendront les acteurs institutionnels et associatifs qui ont contribué à enrichir, durant le débat public, la réflexion collective. A l’issue de 2 à 3 réunions de travail, RFF fera une synthèse des contributions des participants, qui sera validée par le secrétariat technique puis présentée au Comité d’orientation.

M. Bernard Gyssels, chef de la mission LGV PACA de RFF, a proposé à la SNPN de devenir membre du groupe de travail « Biodiversité et milieu naturel ». Celle-ci y est représentée par son correspondant dans la région PACA, Thomas Hermans.

Deux réunions de ce groupe de travail ont déjà eu lieu : le 23 novembre 2006 et le 20 février 2007 (les comptes-rendus de l’ensemble des réunions des groupes de travail sont présentés sur le site : http://lgvpaca.elist.provnet.fr, rubrique « La consultation » et « Les groupes de travail thématiques »).

Pour effectuer une analyse correcte des impacts potentiels de ce projet sur la biodiversité dans la Plaine des Maures le groupe de travail a demandé à Réseau ferré de France un ensemble de documents complémentaires qui permettraient une meilleure prise un compte des enjeux environnementaux. Or, d’après les dernières informations de notre correspondant T.Hermans, aucun de ces documents n’a encore été fourni, alors que se prépare le troisième et dernier cycle de réunions. Les documents demandés sont les suivants :

  Listes des habitats avec évaluation des incidences et des enjeux pour chaque fuseau potentiel ;

  Définition exacte et hiérarchisation de l’ensemble des buts de la LGV (gains de temps, amélioration du fret, de la desserte, etc.) ;

  Retours d’expériences de projets comparables avec ensemble des dossiers (études scientifiques, études d’impacts...).

Dans un courrier adressé récemment à M. Gyssels, la SNPN a renouvelé sa demande de documents.

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Pour en savoir plus : « Ligne à grande vitesse dans le Var : impacts inacceptables pour le milieu naturel » par Thomas Hermans, Le Courrier de la Nature, n°222, sep.-oct. 2005, pp.24-31.