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La tortue d’Hermann
Aire de repartition - Domaine vital - Cycle saisonnier - Espèce à dynamique lente - Ses prédateurs - Etat des populations - Protection et statut reglémentaire - Programmes en cours

La première description de Testudo hermanni a été faite par Gmelin en 1789 d’après un spécimen que détenait le zoologiste alsacien Hermann. Les travaux portant sur la taille, la morphologie de la carapace, la coloration, ont permis d’identifier deux groupes de populations distincts correspondant à deux sous-espèces : Testudo hermanni hermanni à l’ouest (Espagne, France, Italie) et Testudo hermanni boettgeri à l’est (de la Croatie à la Grèce).

L’aire de répartition, dans sa partie ouest, est assez restreinte, morcelée, et coïncide assez étroitement avec les boisements de chênes-lièges qui constituent en Provence, en Corse, dans les Pyrénées Orientales ses derniers refuges (Delauguerre/Cheylan, 1992).

La Plaine des Maures constitue le noyau de tortues d’Hermann le plus important de France continentale en superficie (5000 à 7000 hectares) et en population (entre ¼ et un 1/6 de la population total). Les densités sont assez disparates : elles sont moyennes à faibles au sud et à l’est, et moyennes à fortes au nord et à l’ouest. Les pelouses, le maquis à bruyères et cistes, pinèdes, forêts claires de chênes-lièges sont les habitats préférés de la tortue d’Hermann dans la Plaine des Maures. Elle évite les milieux très fermés (maquis haut et pinèdes denses), les cultures (les vignes), les dalles rocheuses, les zones humides.

La tortue d’Hermann est un animal très sédentaire. Elle évolue sur un domaine vital de petite dimension (1 à 2 hectares) auquel elle reste fidèle toute sa vie. Il lui arrive d’effectuer de petites migrations de quelques centaines de mètres pour rejoindre un site de ponte ou pour s’approcher les cours d’eau où la nourriture est plus abondante. Elle n’a pas de comportement territorial et les domaines vitaux se chevauchent. La tortue se nourrit essentiellement de plantes herbacées mais ne dédaigne pas occasionnellement de petits invertébrés (escargots, coléoptères...).

L’hibernation dure environ quatre mois de novembre à mars. La tortue s’enfouit de quelques centimètres dans la litière ; il arrive que sa carapace affleure. Pendant l’hibernation son métabolisme se ralentit considérablement ; elle ne perd pratiquement pas de poids. Au printemps elle consacre une partie importante de son temps au bain de soleil et son activité est centrée autour des heures les plus chaudes de la journée. Les mois d’avril à juin sont les plus actifs (accouplement, ponte). Pendant l’été la tortue réduit son activité et ses déplacements : elle somnole la plus grande partie de la journée, légèrement enfouie dans le sol ou cachée dans la végétation (estivation). L’activité reprend progressivement à ’l’automne, centrée comme au printemps, sur le milieu de la journée.

La tortue d’Hermann est une espèce à dynamique lente. La fécondité est très variable d’une population à l’autre ; elle est de plus corrélée avec la taille de la femelle. Pour T.h.hermanni elle ne dépasse pas 7 oeufs/an en Corse et 3 oeufs/an dans le Var. A cette fécondité faible s’ajoute une maturité sexuelle tardive (au-delà de 10 ans) et une forte mortalité au stade de l’oeuf ou juvénile. En revanche l’espèce jouit d’une longévité proverbiale (60 ans et plus) d’une très faible mortalité à l’âge adulte (moins de 10% hors incendies). L’accouplement a lieu en mars-avril et en septembre-octobre. Les femelles peuvent conserver les spermatozoïdes pendant plusieurs années dans les replis des oviductes. Elles effectuent en mai-juin 1 à 2 pontes, la seconde survenant 10 à 20 jours après la première. La ponte a lieu en fin de la journée et dure 2 à 3 heures. La femelle dépose ses œufs dans le sol, dans des terrains orientés au sud, chauds et secs. Cette exposition conditionne la température moyenne d’incubation qui est un facteur limitant pour la distribution de l’espèce. L’incubation dure environ 3 mois. Les éclosions ont lieu surtout en septembre, après les premières pluies.

La prédation des pontes est généralement très importante : souvent supérieur à 90%. Le principal prédateur de pontes est la fouine, suivie du renard, du blaireau, du putois, de la belette, du sanglier, du rat noir et du hérisson. La prédation des juvéniles est également assez importante. Pour les tortues adultes, seul le chien constitue une menace sérieuse (carapace rongée, animal amputé ou tué), mais certaines tortues sont victimes des rongeurs, du rat noir surtout, pendant l’hibernation. En outre dans les régions où ils sont présents, les grands rapaces comme l’aigle royal et le gypaète barbu peuvent être de grands consommateurs de tortues. Ces rapaces lâchent leur proie en vol au dessus des rochers pour briser la carapace.

La sous-espèce T.h.hermanni connaît depuis plusieurs décennies un déclin important et continu dans toute son aire de distribution. Les noyaux de populations varois sont fragmentés et en régression au plan démographique. Le massif et la Plaine des Maures abritent la grande majorité de ces populations répartie en 3 noyaux principaux. Celui de la Plaine des Maures est le plus vaste mais sa densité est très inégale. Dans le massif se trouvent deux noyaux de bonne densité plus réduits en surface. Autour de ces populations gravitent une quinzaine de petits noyaux plus au moins dynamiques. Les principales causes de raréfaction sont : les modifications de l’habitat, fermeture des milieux et fragmentation ; les incendies, le ramassage des animaux, le débroussaillage des pare-feux à l’aide des engins (un pare-feu de 3 à 5 ans est une friche très appréciée des tortues) ; les défrichements viticoles en expansion (due à la croissance de la filière AOC « Côtes-de-Provence »). Cette tendance est confirmée par les inventaires de 1993-2003 (Cheylan, 2004) et de 2001-2005 (CRCC/SOPTOM, 2007) : si l’on peut se réjouir d’une assez bonne tenue des populations à forte densité, on note depuis 15 ans une érosion de l’aire de répartition en Provence et la disparition des noyaux marginaux à faible densité.

La mise en place des procédures de protection a été fortement ralentie par des projets d’aménagement (le centre Michelin, le golf de Bouis, le centre de stockage des déchets de Balançan, la LGV PACA) et par des conflits autour des mesures de protection elles-mêmes : opposition au Projet d’intérêt général (PIG) de 1996 à 1998, annulation en 1998 du plan départemental d’élimination des déchets ménagers qui prévoyait la délocalisation du centre de stockage de Balançan, divergences sur le périmètre de l’arrêté de biotope, difficulté de concertation sur le projet de réserve.

La cause de la tortue d’Hermann est régulièrement défendue par la SNPN auprès de la Convention de Berne. La lenteur de la mise en place de la réserve, comme bien d’autres mesures de protection, ainsi que le manque de rigueur de l’Etat ont été souvent évoqués lors des sessions du Comité permanent de la Convention.
La création de la réserve naturelle étant chose faite, l’effort doit être concentré maintenant sur la recherche des alternatives au centre d’enfouissement du Balaçan qui devrait fermer en 2012. Ces alternatives devraient se situer hors de l’aire de répartition, désormais connue, et ne pas enclaver davantage des habitats potentiels de l’espèce. Lors des réunions en 2009 et en 2010, a été évoqué un projet immobilier à Ramatuelle, sur un site de réproduction d’une trentaine de spécimens. Par ailleurs, il est impératif de désigner un gestionnaire de la réserve capable, entre autres, d’organiser le suivi des habitats et des populations de la tortue d’Hermann sur l’ensemble de l’aire de répartition, telle que désignée par le Plan national d’actions (voir ci-dessous). La mise en oeuvre du PNA permettra d’améliorer la prise en compte des besoins de conservation de l’espèce dans différents projets d’aménagement, conserver les populations existantes, maintenir et développer les habitats favorables en se fondant sur les connaissances et évaluations scientifiques, gage d’une gestion réussie et durable...

Statut réglementaire

- au niveau national : l’espèce est protégée par la Loi relative à la protection de la nature (1976) ; par le Code rural (1995) ; par l’arrêté ministériel du 19 novembre 2007. Mention dans le livre rouge des espèces menacées en France (espèce à un niveau critique des effectifs) ;

- au niveau européen : directive Habitats Faune Flore (1992, annexe II et IV), Convention de Berne (1979, annexe II) ;

- au niveau international : Convention de Washington (1973, annexe II). Mention dans le livre rouge de l’UICN (la sous-espèce T.h.hermanni est classée « endangered »).

Programmes en cours

Plan de restauration
Considérée comme étant en voie d’extinction en France la tortue d’Hermann a fait l’objet d’un Plan de restauration national auquel a été alloué un budget de 80 k€. Initié en 1994 par Marc Cheylan et le CEEP à la demande de la DIREN, le plan de restauration a été réactivé en 1999, puis en 2003 pour être finalement publié en 2007. Ce plan prend en compte l’ensemble de la problématique de la tortue d’Hermann, dans le Var et en Corse, et propose les mesures adaptées en terme de gestion des habitats et des populations, d’études scientifiques. Un volet important est consacré à l’information et sensibilisation tant des acteurs de l’aménagement du territoire que du grand public.
Le plan de restauration national a trouvé son application à travers le programme Life+Nature, initié en janvier 2010 par Agence régionale pour l’environnement (ARPE).

Life+ Nature Tortue d’Hermann
Depuis le 1er janvier 2010 et pour une durée de 60 mois, plusieurs partenaires sont impliqués dans un nouveau programme européen LIFE+ Nature pour la préservation des habitats et des populations de cette espèce à forte valeur patrimoniale. Un projet d’envergure comme celui du programme européen LIFE doté de 2.7 millions d’euros, co-financé à 50% par la commission européenne, prévoyant plus d’une trentaine d’actions concrètes sur le terrain, était nécessaire pour inverser le déclin des populations. Les objectifs de ce programme sont :
- assurer la viabilité des populations de tortue d’Hermann dans le Var ;
- faire évoluer les représentations et les comportements vis-à-vis de l’espèce ;
- développer, tester, évaluer des pratiques de gestion des habitats, transférables au niveau national et européen.

Site : http://www.arpe-paca.org

Plan national d’actions (PNA)
Coordonné par la DREAL PACA le plan national d’actions en faveur de la tortue d’Hermann s’appliquera sur la période 2009-2014 (première phase d’actions). Au terme de cette première phase, les résultats des actions réalisées seront évalués et devront conduire à une seconde phase de travaux. Fruit d’un travail collectif, il synthétise les connaissances biologiques disponibles sur cette espèce, décrit les principales menaces qui pèsent sur son avenir, fait un bilan des actions menées et propose une politique générale en faveur de sa protection. Les grands axes du plan :
- en Provence : stopper le déclin des populations, chercher à accroître, en nombre et en surface, des noyaux de populations actuels et ensuite de tenter de reconnecter les sous-populations aujourd’hui isolées ;
- en Corse : maintenir les populations actuelles dans un état de conservation adéquat, essayer de reconquérir les territoires jadis favorables aux tortues ;
- en Languedoc-Roussillon : étudier la faisabilité d’une réintroduction à partir d’un noyau espagnol dans les Albères et les Corbières occidentales.

Site : http://www.paca.developpement-durable.gouv.fr

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Pour en savoir plus


Site de la Société d’observation et de protection des tortues et de leurs milieux (SOPTOM)

Site du Conservatoire-Etudes des écosystèmes de Provence (CEEP)