Article au format texte pour impression
Vers un réseau des Zones Humides en Île-de-France
Les zones humides sont représentées par une grande diversité de types de milieux : les prairies, forêts et landes humides, les tourbières ou encore les mares… Elles font partie des écosystèmes les plus riches et les plus diversifiés de notre planète (Skinner & Zalewski, 1995). En effet, en France, plus de 50 % des espèces d’oiseaux, les deux tiers des poissons consommés et 30 % des espèces végétales remarquables et menacées dépendent des zones humides (Comité interministériel de l’évaluation des politiques publiques, 1994) ; sans parler des services rendus ou « services écosystémiques » aujourd’hui largement reconnus et indispensables aux êtres humains dont la régulation et l’épuration des eaux (Barnaud & Fustec, 2007). Cependant, les menaces pesant sur ces milieux sont multiples : drainage, remblaiement, pollutions... Leur maintien est en conséquence mis en péril. La préservation des zones humides est donc maintenant une priorité et nos engagements politiques en dépendent incontestablement : la Trame verte et bleue (TVB), la Stratégie de création d’aires protégées (SCAP), la convention de Ramsar, etc.

Les zones humides en Île-de-France ne font pas exception. De nombreuses menaces pèsent sur ces milieux : urbanisation, drainage, fermeture naturelle, etc. Ainsi, la région Île-de-France, soucieuse de la préservation de sa richesse biologique a adopté en septembre 2003 sa charte de la biodiversité. Dans ce cadre, elle s’est dotée en juin 2007 d’une stratégie partagée de préservation de la biodiversité et du patrimoine naturel, dont l’objectif principal était de stopper la perte de la diversité biologique d’ici à 2010. Cette stratégie s’appuie sur 10 plans d’action, dont un spécifique aux zones humides dit « 5ème Plan d’actions » qui comprend la création d’un réseau régional des zones humides. La SNPN, signataire de la charte de la biodiversité, s’est proposée d’assister la Région dans cette action ; et, le 14 novembre 2007, la Région et la SNPN signaient une convention de cinq ans intitulée « Vers un réseau des zones humides en Île-de-France ». Fin 2009, l’Agence de l’eau Seine-Normandie (AESN) est venue apporter son soutien financier.

Mare en Forêt Domaniale de Barbeau - Elodie Seguin / SNPN
Mare de la Forêt Domaniale de Barbeau - E. Seguin/SNPN

LES OBJECTIFS

Le principal objectif de ce programme est de définir des secteurs de zones humides à enjeu écologique fort en Île-de-France et justifiant la mise en place d’actions concrètes de protection, de gestion et/ou de restauration. Ce travail permet d’une part d’alimenter les réflexions relatives aux différentes politiques publiques sur le territoire francilien et d’autre part, dans une perspective d’opérationnalité, de définir des secteurs nécessitant la mise en œuvre de travaux de gestion, de restauration ou de protection réglementaire.

Ce programme s’est décliné en plusieurs sous-objectifs :

-  l’identification de réseaux de mares à conserver et/ou à restaurer ;

-  l’identification des roselières à conserver et/ou à restaurer ;

-  la hiérarchisation des sites les plus remarquables en vue de la création de réserves naturelles régionales ;

-  l’intégration du projet à Natureparif ;

-  la sensibilisation des différents acteurs à l’importance et aux rôles des zones humides.


Les résultats marquants


Avant de commencer les inventaires sur le terrain, un travail de bibliographie et de compilation des données a été nécessaire, ainsi qu’un gros travail de prélocalisation via des photos aériennes, mais aussi de cartographie.

Afin de caractériser les zones humides d’Île-de-France et d’évaluer leur intérêt patrimonial, les inventaires naturalistes ont concerné la flore et les habitats naturels, les odonates, l’avifaune et les amphibiens. A l’issue de ces cinq années de prospections, 44 878 données taxonomiques ont été récoltées (issues des relevés réalisés par la SNPN et les bénévoles, mais également de la bibliographie sur les sites retenus), 889 espèces, dont 293 espèces d’intérêt patrimonial, ont été inventoriées sur l’ensemble des secteurs prospectés.

Identification de réseaux de mares à conserver et/ou à restaurer

Les mares, et particulièrement les réseaux de mares, sont des éléments clés de la Trame verte et bleue :

- au titre de la trame bleue, puisqu’ils contribuent à la réalisation des objectifs de qualité des eaux par l’intermédiaire notamment des zones humides d’intérêt environnemental particulier (ZHIEP) et des zones humides stratégiques pour la gestion de l’eau (ZSGE) ;

- au titre de la trame verte du fait de leur présence dans les espaces naturels importants pour la préservation de la biodiversité (= réservoirs biologiques) et dans les continuités qui assurent leur connexion (corridors écologiques et formations végétales ponctuelles).
Le maintien des réseaux de mares franciliens est donc une priorité pour atteindre les objectifs fixés par cet engagement du Grenelle de l’environnement.

Suite aux premières prospections sur le terrain, la SNPN a jugé utile de s’investir davantage en faveur des mares. La faible superficie de ces microzones humides les rend encore plus vulnérables face aux nombreuses menaces : abandon des usages, changement des pratiques agricoles, urbanisation, évolution naturelle tendant vers la fermeture par les ligneux, etc. La SNPN a donc lancé en 2010 l’ « Inventaire des mares d’Île-de-France » .

Au terme de ce programme :

-  Plus de 22 000 mares ont été identifiées à ce jour dans la région Île-de-France.

Cartographie des mares d'Île-de-France - SNPN (2012) Cartographie des mares d’Île-de-France - SNPN (2012)

-  709 réseaux ont été cartographiés dont la majorité (70 %) est constituée de seulement 5 à 10 mares et dont près de 35 % sont situés en contexte forestier (contre près de 40 % en milieux agricoles).

Cartographie des réseaux de mares d'Île-de-France - SNPN (2012) Cartographie des réseaux de mares d’Île-de-France - SNPN (2012)

-  69 réseaux ont fait l’objet d’inventaires des habitats, de la flore, mais aussi d’inventaires odonatologiques et batrachologiques.

-  Bien que tous aient une importance, 23 réseaux de mares ont été mis en évidence par la SNPN du fait de leur intérêt écologique fort à l’échelle régionale (présence d’espèces patrimoniales, fonctionnalité, superficie, diversité du type de mares ,…). Ils apparaissent prioritaires en termes d’action de gestion et de restauration à mettre en œuvre.

Sur ces 23 réseaux de mares, une hiérarchisation a été réalisée afin d’identifier les secteurs à prioriser. Les principaux critères pris en compte sont la présence d’espèces et d’habitats remarquables, la capacité d’accueil et la fonctionnalité du réseau. Ainsi, la forêt domaniale de Villefermoy et ses environs (Seine-et-Marne) abritent le réseau de mares présentant le plus d’intérêt. C’est le plus grand réseau de mares d’Île-de-France avec près de 1 560 mares. Le réseau de mares des communes d’Adainville, de Condé-sur-Vesgre et de Gambaiseuil (Yvelines), en deuxième position, possède une bonne fonctionnalité et abrite lui aussi des espèces rares.

Identification des roselières à conserver et/ou à restaurer

Les roselières hautes, plus communément appelées « roselières », méritent une attention particulière étant donné leur caractère remarquable (notamment avifaunistique) et la multiplicité des menaces allant à l’encontre de leur maintien. La communauté naturaliste observe depuis plusieurs décennies la régression de ces zones humides sur le territoire francilien : une prise de conscience générale est donc nécessaire afin de mieux préserver ces milieux.
Ainsi, bien que l’objectif de ce programme soit de définir des secteurs de roselières remarquables à conserver et à restaurer en priorité, la SNPN a parallèlement engagé un inventaire des roselières hautes (photo-interprétation couplée à des visites in situ), afin de faire un premier bilan, jusqu’à présent incomplet, de la répartition de ces milieux à l’échelle régionale :

-  609 ha de roselières hautes (phragmitaies, scirpaies, typhaies, glycéraies, phalaridaies), se cantonnant essentiellement aux fonds de vallées, ont été cartographiés sur le territoire francilien. La superficie totale de ces milieux est donc très faible. Pour comparaison, l’Île-de-France s’étend sur une superficie de 1 200 000 ha. 380 ha de ces roselières ont été confirmés par une visite de terrain.

Cartographie des roselières d'Île-de-France - SNPN (2012) Cartographie des roselières d’Île-de-France - SNPN (2012)

-  88 % sont des roselières de moins de 1 ha.

-  Les phragmitaies (roselières à Phragmites australis) sont les roselières les plus représentées sur le territoire francilien.

Phragmitaie au Marais de Maincourt - Marie Melin / SNPN Phragmitaie au Marais de Maincourt - M. Melin/SNPN

-  Les roselières disparaissent progressivement : 39 % de la superficie des roselières visitées sont en mosaïque avec un autre type d’habitats (le plus fréquemment des fourrés humides, des forêts et des plantations de peupliers).

-  24 secteurs prioritaires justifiant des actions de conservation et de restauration ont été mis en évidence du fait de leur superficie importante, de la présence d’espèces patrimoniales ou remarquables et de leur capacité d’accueil.

Des mesures concrètes de conservation et de restauration de ces milieux sont nécessaires afin de redonner à ces milieux la capacité d’accueil optimale pour certaines espèces d’intérêt patrimonial (Busard des roseaux, Blongios nain, etc.).

La hiérarchisation des sites les plus remarquables

Des zones humides présentant un intérêt écologique fort à l’échelle régionale, car abritant une faune et une flore rares et menacées, ont été hiérarchisées. La plupart de ces sites répondent aux critères de patrimonialité nécessaires à un classement en Réserve naturelle régionale. De ce fait, ces sites peuvent être considérés comme prioritaires en termes de conservation. Il s’agit incontestablement de « réservoirs de biodiversité ». L’objectif n’était pas ici de dresser la liste exhaustive des zones humides remarquables d’Île-de-France, mais bien de faire ressortir des sites remarquables nécessitant des actions de gestion, de restauration ou de protection. Ainsi, 28 zones humides ont été retenues présentant un intérêt écologique fort à l’échelle de la région Île-de-France : 12 d’entre elles sont situées dans le département de la Seine-et-Marne, 5 dans les Yvelines, 3 en Essonne, un en Seine-Saint-Denis, 7 dans le Val d’Oise.

La sensibilisation des différents acteurs

La SNPN s’est évertuée à communiquer et à travailler de concert avec les différents acteurs du territoire. A l’issue de ce programme, 57 structures ont fait l’objet d’un partenariat avec la SNPN, permettant notamment des échanges de données et/ou de compétences. Les actions menées, et plus particulièrement les données cartographiques et naturalistes récoltées dans le cadre de ce programme, ont d’ores et déjà alimenté les programmes de nos partenaires, dont :

-  le conseil régional dans le cadre de l’élaboration du Schéma régional de cohérence écologique (SRCE) ;

-  Natureparif dans le cadre de ses travaux (Ecoline, Stratégie de création d’aires protégées, etc.) ;

-  les communes dans le cadre de l’intégration des zones humides dans les Plans locaux d’urbanisme (PLU) et les porteurs des Schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) pour l’élaboration de leur stratégie ;

-  les Conseils généraux pour la création de futurs Espaces naturels sensibles (ENS) ;

-  les structures coordinatrices d’atlas ou de programmes de sciences participatives (Atlas amphibiens et reptiles de Seine-et-Marne et de l’Essonne, Atlas des oiseaux nicheurs, etc.) ;

-  la SfO et l’OPIE dans le cadre du Plan régional d’action « Odonates ».

De nombreuses actions de sensibilisation ont également été réalisées à destination de publics divers (grand public, élus, étudiants, bénévoles, etc.). La SNPN a notamment communiqué autour des zones humides et des mares au cours de conférences ou de journées techniques :

-  2 février 2010 - conférence « Mares et libellules de Seine-et-Marne » en partenariat avec le Conseil général de Seine-et-Marne ;

-  4 février 2012 – conférence « Les mares de l’Essonne : bilan de l’inventaire, état de conservation, secteurs à enjeux » dans le cadre d’une journée organisée par le PNR du Gâtinais français ;

-  3èmes Rencontres naturalistes en 2011 organisées par Natureparif ;

-  Journée technique « zones humides » organisée par Seine-et-Marne Environnement en Seine-et-Marne en 2012.

Des animations ont été organisées pour le grand public sur le thème des mares et de leur richesse biologique. La SNPN a aussi participé à la formation d’étudiants, en particulier de BTS GPN, autour de la thématique des zones humides et des mares, avec notamment une initiation aux inventaires naturalistes.

La SNPN a par ailleurs utilisé des outils de communication qui lui sont propres. Ainsi, son site internet s’est doté de plusieurs rubriques permettant de suivre ses travaux sur les zones humides d’Île-de-France. En outre, plusieurs articles à ce sujet sont parus dans Le Courrier de la Nature et un numéro spécial de la revue lui a été consacré.


Perspectives


Les actions en partenariat avec le Conseil régional et l’Agence de l’eau Seine-Normandie se poursuivent en 2013 afin de valoriser nos résultats. Un large porter à connaissance a été réalisé en début d’année par l’intermédiaire, entre autres, de conférences organisées grâce aux Conseils généraux. La mise à jour des données transmises aux différents partenaires est également prévue.

Parallèlement, et sur la base des sites prioritaires mis en évidence dans le cadre du programme, la SNPN tente de mettre en œuvre des travaux de gestion et de restauration préconisés lors des diagnostics. Pour ce faire, la recherche de moyens techniques et financiers en partenariat avec les différents acteurs locaux permettra in fine de lancer des actions concrètes de conservation des zones humides identifiées. En 2013, six sites sont plus particulièrement concernés.

Le rapport complet de ce programme est disponible sur demande à la SNPN.

En 2015, l’Inventaire des mares d’Île-de-France se poursuit ! La SNPN souhaite continuer d’associer ses adhérents et sympathisants au projet. Vous aussi, participez au Programme d’inventaire des mares d’Île-de-France  !